FOOTBALL : CHRONIQUE DE MAMADOU KASSE JOURNALISTE : « Bien retenir les leçons de Franceville »

FOOT LE SENEGAL BAT LA TUNISIE GABON 2017SENESPORT.INFO M.K : Nous avons échoué avec le Cameroun ce que nous avions réussi avec la Tunisie. Laisser venir et prendre les espaces a été notre stratégie payante face aux Aigles de Carthage. Occuper les trois quarts du terrain pour étouffer l’adversaire est celle adoptée contre les Lions indomptables. Cette-fois ci les Lions ont buté sur le roc camerounais pourtant outrageusement dominé.

La première leçon à tirer est que la réalité d’un match n’est pas la même que celle d’un autre match. Les Lions ont joué sur leur propre valeur en ouvrant le jeu face à une équipe camerounaise qui a adopté une attitude contre nature en changeant son système de jeu. Pour la première fois de leur histoire les Lions indomptables ont adopté une stratégie défensive en fermant le jeu comme le font si bien les maghrébins. Rester derrière et attendre que l’adversaire se découvre pour placer des contres n’était pas dans le registre des camerounais. Mais, la réputation du Sénégal, le spectacle que les Lions ont produit dans leurs premières sorties, la rapidité et l’efficacité dont ils ont fait montre dans le jeu et sur les contres en particulier, la façon avec laquelle ils dévalaient les espaces pour surprendre l’adversaire, ont convaincu Hugo Broos et son staff à changer de stratégie.

L’entraineur camerounais qui se savait perdant dans un jeu ouvert a adopté la seule stratégie qui pouvait permettre aux Lions indomptables d’enrayer le rouleau compresseur sénégalais. Il avait annoncé ses intentions tout en restant dans le clair-obscur : « Ce n’est pas parce que j’ai dit que le Sénégal est pour le moment la meilleure équipe du tournoi, qu’on a déjà perdu ce quart de finale. C’est un autre match. Ce n’est plus la phase de groupe. Le Sénégal sera peut-être plus difficile que les autres pays que nous avons rencontrés, mais nous allons vendre chère notre peau ».

Les Sénégalais ne pouvaient sans doute pas décrypter ce message de l’entraineur camerounais qui, en termes simples et clairs signifiait que les Lions indomptables allaient adopter un système défensif, à savoir le verrouillage systématique à l’image du catanaccio italien. Ce système place l’équipe sur la défensive et empêche l’adversaire de surprendre l’arrière-garde. Dans un tel schéma tactique, on cherche plus à défendre qu’à marquer car le dispositif mis en place et les consignes données aux joueurs les obligent à rester sur leurs bases.  Hugo Bross l’a reconnu après le match en avouant que ses joueurs ont été costauds face à une bonne équipe du Sénégal. « La base de cette victoire est le collectif. Ils ont respecté les consignes à la lettre. On a décidé de jouer bas et de fermer les couloirs. Si on avait joué ouvert avec le Sénégal, on allait perdre ».

Cet aveu circonstancié prouve bien que le staff camerounais a étudié le Sénégal dans les moindres détails y compris la façon dont les Lions tirent les penalties.

C’est dire que si les Lions étaient venus pour jouer, les Lions indomptables eux étaient venus pour déjouer et obliger l’adversaire à balbutier son football. Le mérite du Cameroun, c’est d’avoir bien préparé le match et organisé la riposte, ce qui lui a permis d’imposer son jeu comme il l’avait prévu. Hugo Broos et sa troupe ont été servis par la chance. Ils n’ont pas encaissé de buts dès les premières minutes, ce qui aurait radicalement changé la physionomie du match. Il va sans dire que si le Sénégal avait marqué ses premières occasions ne serait-ce qu’un  but, la partie aurait connu une autre tournure car le Cameroun n’aurait plus de raison d’adopter ce système défensif. Dans un tel scénario, la partie aurait été plus ouverte et plus alléchante.

Les Lions qui, visiblement n’avaient pas prévu ce plan de riposte contraire à l’esprit offensif des camerounais ont été pris de court par ce dispositif tactique qui ferme le jeu et condamnent les joueurs à jouer sur une surface réduite aux deux tiers par les adversaires. La densification de la défense camerounaise empêchait les joueurs de se libérer pour étaler leurs talents. La preuve, aucune chevauchée de l’attaque sénégalaise, aucune balle longue sur le dos de l’adversaire, aucune infiltration susceptible de déstabiliser la défense camerounaise. Durant toute la partie, les Lions sont venus buter sur une défense camerounaise indéboulonnable et un gardien intraitable. Et plus le temps passait, plus les Sénégalais se sentaient capables de marquer ce fameux but que tout le monde attendait et que beaucoup voyaient venir. Un but si proche dans la tête des joueurs mais si loin dans le schéma tactique d’Hugo Broos. La toile d’araignée tissée par les Lions indomptables était en fait un véritable miroir aux alouettes pour piéger l’adversaire.

Les Lions ont joué crânement leurs chances. Ils sont allés jusqu’au bout de ce qu’ils pouvaient faire pour déjouer le piège. Ils ont poussé leurs adversaires jusqu’à leurs derniers retranchements. Ils ont assurément tout tenté et fait plier dans tous les sens une équipe camerounaise qui n’avait que sa puissance et sa détermination pour résister. Défensifs à souhait, les Lions indomptables ont réussi le plus difficile en football : gagner sans dominer.

Il est évident que le match aurait connu une autre tournure si le staff sénégalais très sourcilleux du travail bien fait avait prévu un tel schéma que Hugo Broos a été contraint de leur opposer, conscient qu’il était que sur le plan du football pur, ses joueurs  n’allaient pas tenir devant les Lions.  Mais, il est difficile de transformer un dispositif tactique quand les joueurs ne s’y sont pas préparés. La stratégie secrète du Cameroun a payé. Elle a sans doute été préparée à huit clos, dans un entrainement fermé au public et aux journalistes. C’est dire l’importance de ce genre de préparation qui permet à l’entraineur de sortir sa botte secrète.

Au sortir de ce match, tous les observateurs sont plus convaincus que jamais que le football n’est ni une science exacte ni une vérité immuable. Il réserve parfois des surprises là où l’on s’y attend le moins. Le résultat d’un match reste donc une vérité exclusive qui ne se répète jamais de la même manière et dans les mêmes conditions. Le Cameroun de 2017 n’est pas celui de 2012 et les Lions qui leur ont fait face ne sont pas les répliques de leurs devanciers. C’est justement ce côté imprévisible qui fait le charme du football.

Le président Macky Sall a donc bien raison d’adresser ses encouragements aux Lions. Ses propos sont ceux qu’un chef adresse à ses troupes dans les moments de détresse. Ils sont empreints d’affection  et de compassion, de consolation et de solidarité. “Mes chers Lions, vous venez de livrer un match d’une grande intensité…. La victoire n’a pas été de notre côté, mais vous n’avez guère démérité. Je tiens à vous adresser, ainsi qu’à votre encadrement, tous mes encouragements, en vous exhortant à rester concentrés sur vos futures échéances en phases éliminatoires de la prochaine Coupe du monde. Je vous remercie d’avoir répondu à l’appel de la patrie et vous souhaite un bon retour dans vos clubs respectifs”. Mes prières et mes meilleurs vœux de succès vous accompagnent”. Tous les Sénégalais s’accordent sur un fait : les Lions se sont battus comme jamais pour faire face à un adversaire camerounais manifestement à leur portée. Les Lions indomptables ont plié dans tous les sens dans un match qu’ils savaient ne pas pouvoir gagner sur le terrain sans jamais rompre. Promenés par les poulains d’Aliou Cissé, ils ont patiemment attendu leur heure pour sortir leur botte secrète : exploiter ce que leur offrent les circonstances du moment, à savoir la série de penalties.

Oui, M. le président, nous sommes parfaitement d’accord avec vous que dans ces moments de doute et de désespoir, le devoir d’un chef est de réconforter ses troupes, de les remobiliser et de les motiver davantage à surmonter l’épreuve de l’échec. D’autres échéances nous attendent qu’il faudra impérativement honorer. Les éliminatoires de la coupe du monde 2018 vont se poursuivre. Le Sénégal est dans une bonne trajectoire pour avoir réussi un parcours sans défaite à la CAN 2017, n’eut été la loterie des penalties. Ses chances demeurent donc intactes avec une génération aussi talentueuse et pleine d’espoir. Si l’encadrement technique retient bien les leçons de Franceville comme une expérience de plus dans la maturation de l’équipe, le chemin de Moscou ne sera qu’un long fleuve tranquille.

 Mamadou Kassé

madoukasse@yahoo.fr

 

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